Le Burkina Faso a besoin davantage de scientifiques pour accélérer son développement technologique et industriel. Mais faut-il pour autant opposer les filières scientifiques aux filières littéraires ? Dans une société en pleine transformation, les deux domaines restent indispensables et complémentaires.
Les sciences, un moteur du développement
Les filières scientifiques occupent une place essentielle dans le développement des nations.
Dans un monde marqué par les avancées technologiques, l’industrialisation et les défis sécuritaires, les pays ont besoin de personnes capables d’innover, de concevoir des machines et de développer de nouvelles technologies.
Ils ont également besoin de compétences dans des domaines comme la médecine, l’ingénierie, l’énergie, l’agriculture et les technologies numériques.
Pourtant, plusieurs pays africains font encore face à un manque de ressources humaines qualifiées dans certains secteurs scientifiques et technologiques.
C’est dans ce contexte que peut être compris l’appel du capitaine Ibrahim Traoré à la jeunesse burkinabè, afin qu’elle s’intéresse davantage aux filières scientifiques. Le président burkinabè est lui-même issu d’une formation scientifique, avec un master en géologie.
Mais cet appel soulève une question importante : faut-il opposer les sciences aux lettres ?
Construire un pays ne suffit pas
Les sciences permettent de transformer concrètement une société.
Construire des routes, des ponts, des hôpitaux, des usines ou développer des technologies nécessite des compétences scientifiques et techniques.
Mais le développement d’un pays ne repose pas uniquement sur les infrastructures.
Construire un pont est une chose. Expliquer son importance, sensibiliser les citoyens à sa préservation et encourager son utilisation responsable en est une autre.
C’est ici que les disciplines littéraires et les sciences humaines prennent toute leur importance.
Le développement a besoin de communication
Une société doit aussi savoir communiquer.
Lorsqu’un pays traverse une crise sociale ou sécuritaire, il ne suffit pas de trouver des solutions techniques. Il faut également expliquer les décisions, informer la population et comprendre les comportements sociaux.
Les journalistes, communicants, historiens, sociologues, enseignants et spécialistes des langues jouent alors un rôle important.
Dans un contexte où les fausses informations peuvent circuler rapidement sur les réseaux sociaux, savoir produire une technologie ne suffit plus.
Il faut aussi savoir rechercher l’information, la vérifier, l’analyser et la transmettre clairement.
Le développement nécessite donc à la fois des compétences scientifiques et des compétences humaines.
La littérature aide à comprendre la société
Les filières littéraires permettent également de développer l’analyse, la réflexion et la maîtrise de la langue.
Ces compétences sont utiles dans l’éducation, le journalisme, la communication, la diplomatie, l’administration, la culture et de nombreux autres secteurs.
Une société qui sait produire des connaissances doit aussi être capable de les transmettre.
Elle doit pouvoir expliquer les changements, raconter son histoire et permettre aux générations futures de comprendre les choix du présent.
Préserver l’histoire et l’identité
Le développement ne doit pas conduire une nation à oublier son passé.
Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Quelles expériences ont façonné notre société ?
Ces questions nécessitent le travail des historiens, des chercheurs, des enseignants, des écrivains et des professionnels de la culture.
Une nation peut développer ses technologies tout en préservant sa mémoire.
Les deux objectifs ne sont pas contradictoires.
Au contraire, connaître son histoire peut aider une société à mieux comprendre son présent et à préparer son avenir.
Sciences et littérature sont complémentaires
Encourager les jeunes Burkinabè à s’intéresser davantage aux sciences peut être une orientation pertinente face aux besoins du pays.
Mais cela ne signifie pas que les filières littéraires doivent être considérées comme secondaires.
Le scientifique et le littéraire ne sont pas des adversaires.
Ils répondent à des besoins différents et complémentaires.
Le scientifique peut concevoir, construire et innover.
Le littéraire peut analyser, expliquer, communiquer et transmettre.
L’un contribue à transformer le monde matériel. L’autre aide la société à comprendre ces transformations et leurs conséquences.
Le véritable défi pour le Burkina Faso
Le Burkina Faso n’a donc pas besoin de choisir entre les sciences et la littérature.
Il doit plutôt renforcer toutes les compétences dont il a besoin pour son développement.
Cela signifie investir dans les formations scientifiques et techniques, tout en valorisant les lettres, les sciences humaines, la communication, l’histoire et l’éducation.
Un pays véritablement développé a besoin d’ingénieurs capables de construire ses infrastructures.
Mais il a également besoin de journalistes capables d’informer, d’enseignants capables de transmettre, d’historiens capables de préserver sa mémoire et de communicants capables de rapprocher les institutions des citoyens.
Le progrès ne se construit pas avec une seule discipline.
Le Burkina Faso a besoin de ses scientifiques. Il a aussi besoin de ses littéraires.
Plutôt que de les opposer, il faut leur permettre de travailler ensemble pour construire une société plus forte, plus instruite et mieux préparée aux défis de demain.

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